Clarifier le rôle de la conseillère pédagogique
Au cours des années passées à travailler en tant que conseillère pédagogique, je me suis rendu compte de l’énorme malentendu présent dans la relation entre les éducatrices et leur conseillère. Je comprends parfaitement qu’une éducatrice, désemparée devant un certain comportement d’enfant, désire une solution clés en main produisant le résultat attendu. Pensant bien faire, j’ai souvent moi-même voulu répondre à de telles demandes. Malheureusement, par expérience, je peux affirmer que la formule magique est vouée à l’échec. C’est un échec au niveau du besoin de l’enfant, pour l’estime de l’éducatrice qui semble avoir tout essayé, mais aussi pour la relation entre celle-ci et sa conseillère qui lui parait incompétente.
Premièrement, tout comme l’éducatrice, la conseillère pédagogique doit maitriser le développement de l’enfant et savoir observer les forces et les difficultés de celui-ci. Selon moi, la conseillère doit apprendre à connaitre et comprendre les contextes des familles utilisatrices du service de garde. Elle doit ainsi créer un lien de confiance avec les parents. Elle devient alors une personne-ressource et doit s’assurer de la qualité des services offerts aux familles.
Ensuite, il ne faut pas perdre de vue que la conseillère pédagogique ne possède pas la formation requise pour faire des plans d’intervention personnalisés pour des enfants ayant des difficultés sévères. C’est pourquoi son rôle est de faire appel aux ressources professionnelles externes adéquates qui aideront réellement l’enfant comme l’orthophoniste, l’ergothérapeute, l’éducatrice spécialisée ou même la psychoéducatrice. La conseillère est d’abord là pour soutenir l’éducatrice dans l’application du plan intervention. Elle doit être présente afin de l’aider à gérer ses émotions dans ce cheminement souvent ardu et décourageant. En recevant le soutien nécessaire dans les moments difficiles, l’éducatrice réussit à mettre en place ce qu’il faut pour aider l’enfant. Malgré les difficultés, elle vit alors une expérience positive. Elle est fière de ce qu’elle accomplit et son épanouissement est autant personnel que professionnel.
La relation avec les parents prend aussi une place essentielle dans le quotidien de la conseillère pédagogique. Évidemment, tout intervenant en petite enfance rêve de côtoyer que des parents idéaux… à ses yeux. Mettons les choses au clair. Le parent parfait n’existe pas, tout comme l’éducatrice parfaite n’existe pas, tout comme l’humain parfait n’existe pas non plus! Quand on travaille avec des enfants, il faut apprendre à s’adapter à leurs parents en respectant leur rôle et leurs valeurs familiales. Bref, NE PAS JUGER. Il ne faut jamais perdre de vue que pour l’enfant, rien ni personne ne peut remplacer ses parents.
Dans BRIO, la campagne nationale de perfectionnement sur le programme éducatif, l’importance de cette relation entre parents-enfants-milieu de garde, est illustrée par un triangle. Voici ma version du triangle :
Le triangle de la relation éducative

Le trait du triangle est en continu, donc chaque acteur est toujours en lien. Les trois pointes doivent posséder la même importance aux yeux de chacun; elles sont interdépendantes. Si on retire un côté, ce n’est plus un triangle et la qualité d’accueil de l’enfant dans son milieu en est affectée. Je reviendrai de façon plus élaborée sur ce thème, car il est pour moi la base du professionnalisme.
Pour conclure, assurer le soutien au développement de l’enfant par le soutien au développement de l’adulte, telle est ma vision. Tout comme l’un des cinq principes de base du programme éducatif qui dit que l’enfant est unique, l’éducatrice est également unique. L’enfant fait partie d’une famille qui est elle aussi unique. Par conséquent, j’ai toujours privilégié l’intervention et le soutien individuels. Voilà pourquoi cette chronique s’appelle : Coaching pédagogique.
Julie Lefrancois