
Communiquer de manière autonome
Lorsqu’on travaille avec un enfant non verbal, on commence toujours par lui donner des moyens de communiquer ses besoins primaires. Il est important que l’enfant puisse nous le dire s’il a faim, s’il a soif, s’il a besoin d’aller aux toilettes. Ensuite, on encourage l’enfant à nous expliquer ce qu’il veut, par exemple s’il a besoin de l’aide avec son manteau ou s’il veut un crayon rouge. Une fois que l’enfant non verbal est capable de faire des demandes de façon autonome, il est nécessaire de continuer l’apprentissage avec la communication en lien avec ce qui l’entoure. Veut-il nous dire qu’il a vu un écureuil à l’extérieur ou qu’il a entendu un oiseau chanter? Le partage d’information est très important pour aider l'enfant à se sentir compris malgré son incapacité de nous dire quelque chose.
Une réalité sensorielle à considérer
Avant d’intervenir, il est essentiel de comprendre que les enfants ayant un trouble du spectre de l’autisme, par exemple, ne perçoivent pas les sons de la même façon. Certains enfants sont hypersensibles. Cela veut dire qu’ils entendent des détails que d’autres n’entendent pas. D’autres sont hyposensibles; ils réagissent peu aux sons et doivent trouver des stimulations auditives. Dans les deux cas, le défi n’est pas seulement d’entendre, mais de donner un sens à ce qui est entendu… Surtout, c’est pouvoir partager le tout. De plus, les enfants qui se sentent compris seront plus aptes à être engagés dans les interactions, disponibles aux apprentissages et confiants dans leurs tentatives de communication.
Communiquer ce qu’on entend : une étape essentielle
Souvent, les interventions auprès des enfants non verbaux se concentrent sur les demandes (« Je veux… », « J’ai besoin de… »). C’est une base essentielle, mais la communication ne s’arrête pas là. Communiquer, c’est aussi partager une expérience, attirer l’attention de l’autre et donner un commentaire par rapport à son environnement.
Lorsqu’un enfant indique une image du doigt pour dire : « J’entends un chien. » ou « J’entends une cloche. », il entre dans une forme de communication sociale. Il ne demande pas quelque chose; il partage une information. Cette compétence est importante pour développer les interactions avec les adultes et les pairs ainsi que pour renforcer le sentiment d’être écouté et compris.
Des activités adaptées aux enfants non verbaux
Voici deux activités amusantes qui peuvent encourager les enfants non verbaux à communiquer ce qu’ils entendent en service de garde.
Activité 1 : Associer les sons d’animaux
Objectif : Permettre à un enfant d’identifier un son et de le communiquer en indiquant la figurine représentant l’animal correspondant du doigt.
Matériel : Petits animaux en plastique (chien, chat, vache, canard, etc.)
Déroulement : L’éducatrice place quelques animaux devant l’enfant. Elle produit ensuite un son clair, par exemple, elle peut faire « Meuuuh ». L’enfant est invité à indiquer la vache du doigt. Au début de l’activité, l’enfant aura peut-être besoin d’aide pour comprendre le déroulement. L’éducatrice peut modeler l’action en indiquant la vache du doigt et encourager l’enfant à faire de même. Lorsque l’enfant réussit, l’éducatrice renforce immédiatement : « Oui! La vache! Meuuuh! »
Chaque enfant est unique et il est essentiel d’ajuster le jeu en fonction des capacités et des champs d’intérêt de chacun. Pour un enfant débutant ou très jeune, il est possible d’utiliser seulement deux animaux à la fois en prenant soin de choisir des sons très distincts. L’éducatrice peut aussi répéter souvent les mêmes sons afin que l’enfant vive du succès. Pour un enfant plus avancé, un plus grand nombre d’images peut être exploré. Il est important de commencer en utilisant très peu d’animaux et d'augmenter progressivement.
Activité 2 : J’entends quoi?
Objectif : Amener un enfant à reconnaitre un son et à en identifier la source pour le communiquer.
Matériel : Objets divers qui peuvent produire un son (clochette, tambour, papier, bouteille, etc.)
Cartes comportant des images ou des photographies des objets
Déroulement : L’éducatrice place quelques images devant l’enfant. Elle produit ensuite un son, sans montrer l’objet. Par exemple, elle peut tenir l’objet derrière son dos, sous la table ou derrière une boite. L’enfant doit indiquer du doigt l’image correspondant au son entendu. Lorsque l’enfant indique l’objet correspondant, l’éducatrice révèle l’objet en le nommant. Elle peut, par exemple, dire : « Oui! La cloche! »
Ces deux jeux ont un objectif commun : aider les enfants non verbaux à communiquer ce qu’ils entendent, et non seulement à reconnaitre un son. Ils permettent aussi de développer l’attention auditive tout en offrant un moyen concret de communication qui encourage le partage d’informations.
Pour soutenir encore davantage la communication des sons entendus, il peut être très utile de laisser à la disposition des enfants des cartes comportant des images représentant des sons familiers du quotidien. Ces cartes peuvent, par exemple, inclure un bébé qui pleure, un oiseau qui chante, un chien qui jappe, une cloche qui sonne, une porte qui se ferme, de l’eau qui coule, un téléphone qui sonne, une voiture qui passe, le vent qui souffle et un enfant qui rit.
Placées dans un endroit accessible (mur visuel, cartable, bac à pictogrammes), ces images deviennent un outil concret que les enfants peuvent utiliser spontanément, sans attendre une activité dirigée. L’éducatrice peut alors doucement encourager les enfants en faisant du modelage. Tout en indiquant l’image correspondante, elle peut dire : « Oh! J’entends un oiseau! » Avec le temps, les enfants pourront eux-mêmes entreprendre cette communication en allant chercher une carte pour montrer ce qu’ils entendent. Cette approche favorise une communication plus naturelle, ancrée dans le vécu des enfants. Elle leur permet de partager leurs découvertes, d’attirer l’attention de l’adulte et de se sentir compris, même sans utiliser des mots.
Par Jennifer Geigel