menu
Educatout
Recherche
Publicité

Activités et jeux éducatifs avec fiches imprimables, formations et ressources pour éducateurs et parents


Publicité


De l’éducatrice parfaite à l’éducatrice suffisamment bonne

Le principe de la « mère suffisamment bonne »

 

Trouvez le juste équilibre entre être attentive aux besoins des enfants et chercher à tous les combler.

 

Jérémy, un des enfants de votre groupe se tient souvent en retrait, ce qui vous inquiète. Vous aimeriez l’aider, savoir comment aborder le sujet avec ses parents sans qu’ils soient sur la défensive et sans poser un diagnostic. Vous connaissez les grands besoins de Mathieu que vous affectionnez particulièrement. Il réclame votre attention sans arrêt. De son côté, Ariane a commencé à faire de l’anxiété depuis la séparation de ses parents, vous y pensez souvent et cherchez quoi faire pour atténuer sa souffrance…

 

Si vous vivez ce genre de situations, c’est que vous démontrez assurément plusieurs qualités importantes pour votre travail. Vous êtes empathique, sensible aux autres, altruiste, aimante, consciencieuse et attachante, mais… Il y a toujours un MAIS en contrepartie; vous risquez de vous en mettre gros sur les épaules, de ressentir beaucoup de pression et de vous mener à l’épuisement ou à un problème physique ou psychologique1. En faire trop, c’est comme ne pas en faire assez… Trouvez l’équilibre.

 

La « mère suffisamment bonne »

Un des principes qui m’a aidée en tant que maman et qui me suit dans mon travail est ce que Winnicott, pédiatre et psychanalyste, a élaboré en travaillant avec des mères et leur bébé. Il s’agit du principe de la « mère suffisamment bonne ». « Suffisamment » veut dire ni parfaite, ni idéale, ni omniprésente, mais bien « juste assez ». Ce que dit l’auteur c’est que pour devenir autonomes, les enfants ont besoin de faire l’expérience de la frustration et aussi d’une certaine solitude. Attention!!! Cela ne veut pas dire de faire exprès pour frustrer un enfant ni de l’abandonner et le laisser seul avec sa peine; ce serait tomber dans l’autre extrême! Il faut plutôt trouver le juste équilibre entre être attentive aux besoins des enfants sans chercher à tous les combler. Imaginez un enfant qui reçoit tout ce qu’il veut avant même de le demander, quel serait son intérêt à devenir autonome et répondre lui-même à ses besoins?

 

Travailler auprès des enfants éveille nos instincts et nos propres souffrances d’enfant. De façon plus ou moins consciente, nous cherchons à éviter de ressentir ces émotions : peine, abandon, angoisse, solitude, rejet, etc. Et c’est là le risque d’en faire trop pour les enfants en voulant leur éviter de vivre ce qu’ils doivent ressentir. Il serait surhumain de penser enlever l’anxiété à Ariane et de faire en sorte que ses parents reviennent ensemble. De la même façon, personne ne pourra combler tous les besoins en attention de Mathieu (à moins d’être dans une bulle fusionnelle à deux!). Être consciente de l’émotion qui habite un enfant qui fait écho à notre propre émotion nous permet de la nommer, d’être présente auprès de l’enfant et d’être compatissante, sans tomber dans l’urgence d’agir.

 

Ce qui aide l’enfant et l’éducatrice dans le « suffisamment bon »

  1. Lorsqu’un enfant se sent entendu dans son besoin ou son émotion, sans que l’on cherche à tout combler, il pourra alors lui-même trouver comment composer avec son besoin et la réalité qui est différente. Vous pouvez alors nommer avec calme et compassion ses besoins et émotions. Par exemple, vous pouvez dire :
  • C’est frustrant pour toi…
  • Tu aimerais que ta maman reste avec toi…
  • C’est difficile de devoir attendre…
  • Tu aimerais bien que je puisse tout faire pour toi tout de suite…
  1. Quand vous prenez conscience de ce que l’enfant éveille en vous comme sentiment, souvenir ou blessure, cela vous permet de prendre de la distance par rapport au vécu de l’enfant et de mieux voir la situation.

  2. Rester présente pour l’enfant et à ce qu’il vit, être à ses côtés ou encore y penser et chercher à comprendre va donner à l’enfant le sentiment d’être moins seul. C’est un peu comme le bercer mentalement.

  3. Inclure l’enfant dans le processus comme une personne à part entière, sachant qu’il n’a pas les capacités d’un adulte, et chercher avec l’enfant comment il pourrait faire pour s’aider lui-même dans son besoin ou son émotion.

  4. Trouver des moments pour vous ressourcer, vous amuser. Les moments de plaisir en dehors de votre rôle d’éducatrice ou de parent sont fondamentaux pour votre bienêtre en tant qu’adulte. Ces moments vous rendent plus disponible, plus présente pour l’enfant.

  5. Diriger l’enfant vers le jeu, le temps passe plus vite pour l’enfant lorsqu’il s’amuse (on peut le lui dire!). Également, il évacuera ses émotions ou trouvera un moyen symbolique de combler son manque.

  6. Vous rappeler d’être « suffisamment bonne » et qu’il y a une bonne partie qui appartient à l’enfant et à sa famille.

  7. Le simple regard compatissant et aimant de son éducatrice sème des graines chez l’enfant. Ces dernières peuvent être à l’origine du développement de sa résilience.

  8. Vous demander ce que vous pouvez faire maintenant : lui faire un câlin, lui dire que vous êtes avec lui, et ce, même si vous devez vous occuper des autres, etc. Si c’est le soir que vous pensez à l’enfant, alors que vous ne pouvez rien faire, vous demander ce que ça touche comme émotion en vous ou encore reporter la situation au lendemain, sans ruminer.

  9. Vous rappeler ce proverbe : À l’impossible, nul n’est tenu!

 

Nathalie Parent

Psychologue, auteure et formatrice

www.nathalieparentpsychologue.com

www.multiressourcesquebec.com


1 PARENT, N. La famille et les parents d’aujourd’hui, Chapitre sur le stress, Montréal, Quebecor, 2008

1 PARENT, N. La communication interpersonnelle au travail, Chapitre sur la maladie, Montréal, Quebecor, 2012


*Educatout.com n'est aucunement responsable du contenu de cet article. Toutes les informations mentionnées sont la responsabilité de son auteur et educatout.com se dégage de toute responsabilité ou de tout litige découlant de l'affichage dudit article.

Publicité


Auteur

Nathalie ParentNathalie Parent

Nathalie Parent est psychologue et auteure de plusieurs livres traitant l’enfance et la famille. Elle pratique la psychothérapie auprès des enfants (avec la thérapie par le jeu), des adolescents, des adultes, des couples et des familles. Elle intègre plusieurs approches afin de répondre adéquatement aux besoins de chacun. Chargée de cours à l’Université Laval, elle a agi à titre d’éducatrice ainsi qu’enseigné à des étudiantes en Techniques d’éducation à l’enfance. Elle a aussi supervisé ces dernières dans différents milieux de garde. Elle se consacre maintenant à sa pratique de psychologue, à l’écriture, à la création d’outils pédagogiques et au partage de ses apprentissages à travers des conférences, formations et supervisions dans différents milieux de travail dont les milieux de garde et les écoles.




Publicité
Secured By Entrust, SSL (Secure Sockets Layer). Verify

Site affilié à
Rogers
Pour les placements publicitaires sur educatout téléchargez notre KIT MÉDIA

Back to Top