menu
Educatout
Recherche
Publicité

Activités et jeux éducatifs avec fiches imprimables, formations et ressources pour éducateurs et parents


Publicité


Comment faciliter la transition de groupe en garderie.

« Maman, je ne veux pas changer de groupe! Je veux rester avec Stéphanie! »

 

L’idée de ce texte m’est venue suite à des questions posées par des éducatrices et des directrices de CPE qui se préoccupent du bienêtre des enfants et de leur adaptation au changement de groupe. Ce texte est également issu de mon expérience professionnelle à travers laquelle je constate régulièrement que cette étape importante vécue par les enfants qui grandissent en CPE est souvent minimisée et, malheureusement, bien des fois escamotée. La responsabilité d’une procédure à instaurer afin de favoriser la meilleure transition possible appartient aux CPE; directrices, coordonnatrices cliniques et éducatrices doivent agir ensemble et dans le même sens. Voici donc mes réflexions sur ce sujet.

 

Imaginez un instant que vous deviez cesser de manger un aliment auquel vous êtes attachées et que vous savourez chaque matin et le remplacer par un autre aliment que vous ne connaissez pas. Comment vivriez-vous la transition? Comment feriez-vous pour vous adapter? Chacune de vous aurait probablement sa propre façon de faire, mais certains éléments pourraient aider la transition, entre autres le fait de pouvoir l’apprivoiser petit à petit. Cela est encore plus vrai pour les enfants qui devront changer de groupe en garderie, puisqu’ils n’ont pas atteint la capacité de raisonner. Ils se sont attachés aux enfants du groupe, à leur éducatrice, à la routine établie, au confort de ce qu’ils ont appris à connaitre, aux repères dans leur corps et dans leur environnement, bref, à l’entité unique du groupe qui a existé. Il ne faut pas oublier l’alliance et la relation de confiance que les parents auront développées avec l’éducatrice. Celles-ci agissent sur la confiance des enfants et les rendent capables de laisser leurs parents pour aller vers le groupe.

 

Déjà, à la base, lorsque les enfants terminent les vacances d’été et doivent « quitter le cocon familial » qui représente leur sécurité, ils ont à s’adapter comme ils le peuvent. Plus les enfants grandissent, plus ils développent leur capacité d’adaptation. Lorsqu’ils sont tout petits, leurs forces intérieures ne sont pas assez solides, alors ils réagissent. Quand on ajoute à cela un changement d’éducatrice, de nouveaux enfants dans le groupe, l’arrivée en grand groupe à l’extérieur, des journées plus longues, sans compter tous les changements dans leur vie personnelle (arrivée d’un petit frère, séparation des parents, décès d’un grand-parent, perte d’un animal de compagnie, apprentissage à la propreté, abandon de la suce ou du doudou, changement de travail des parents, etc.)… ouf! cela fait beaucoup d’évènements à gérer pour des tout-petits…

 

Comment les aider à vivre cette transition?

Si on reprend l’image de l’aliment dont il faut se détacher et le nouvel aliment à introduire, l’idéal serait de procéder graduellement, petit à petit, en introduisant à petites doses le nouvel aliment, un matin sur deux par exemple ou en consommant la moitié des deux aliments. La même chose peut s’appliquer au groupe. On n’a qu’à penser à comment se vit l’entrée progressive à la maternelle. Toute une procédure est mise en place afin de favoriser l’intégration des enfants à toutes les nouvelles exigences qu’impliquent ce changement. Celle-ci consiste en une visite des lieux en mai ou juin, des jeux avec l’enseignante pendant que les parents sont tout près, puis en septembre ce sera des demi-journées de classe avec la moitié du groupe avant l’entrée complète.

 

Appliquée en garderie, cette façon de faire demande à ce qu’on prépare les enfants le plus tôt possible, à partir des mois de mai et juin sur une durée variant de quelques semaines à quelques mois. Dès qu’on sait qui sera la prochaine éducatrice, on la présente aux enfants. Ceux-ci peuvent aller passer de courts moments avec elle dans leur prochain local. Aviser les parents à l’avance du moment du changement et de l’éducatrice attitrée est nécessaire.

 

Cela devrait aussi s’appliquer aux changements d’éducatrices durant les vacances d’été. À l’approche des vacances, tous et toutes ont bien hâte et nous oublions parfois l’essentiel : les enfants et leur capacité d’adaptation différente de celle des adultes. Les enfants ne sont pas des objets, mais des êtres avec des émotions qui réagissent aux changements. J’ai tellement vu et entendu des enfants pleurer pour ne pas aller à la garderie durant la période d’été dû aux changements constants et sans préavis : éducatrices nouvelles, enfants variés et groupes changeants, locaux différents, accueil à l’intérieur puis à l’extérieur…

 

L’essentiel est de toujours aviser les enfants et les parents de tout changement. Il serait intéressant de le faire par une brève rencontre entre l’éducatrice et les parents, car des parents rassurés peuvent préparer leur enfant adéquatement au changement. Il existe plusieurs façons concrètes de se présenter aux enfants et aux parents et d’annoncer le changement d’éducatrice et là, les éducatrices ont souvent d’excellentes idées créatives.

 

En voici quelques-unes :

  • Affiches pour présenter les éducatrices, leur rôle, leur couleur
  • Photos
  • Images
  • Jeux de présentation
  • Avis par Internet ou horaire présenté aux parents
  • Tableau d’affichage des changements et horaire prévu à l’avance

Pour les tout-petits âgés de moins de trois ans, le lieu est très important pour les sécuriser. Penser à l’image d’un contenant, le local d’accueil contiendra les émotions de l’enfant (anxiété, peur, colère…). Il est essentiel de viser à accueillir les tout-petits dans un local déjà visité plusieurs fois avec l’éducatrice connue ou leurs parents. Pour les bébés et les enfants très anxieux, il faut savoir que l’accueil à l’extérieur ou dans un grand espace augmentera leur anxiété. Plus un enfant est petit, moins il a la capacité de contenir son anxiété. Le local et la constance de l’endroit de l’accueil seront rassurants (même local tous les matins et même éducatrice le plus possible). On peut également faire en sorte que ce soit l’éducatrice précédente (celle qui avait ce groupe d’enfants avant le changement) qui accueille les enfants ou qui remplace la nouvelle éducatrice lors de ses journées de congé. Cela favorisera la continuité d’année en année pour l’enfant.

 

Pour s’attacher, il faut se détacher…

Avant de s’attacher à un nouveau groupe, les enfants auront à se détacher graduellement, à vivre un deuil face au groupe qui cessera d’exister et ce, non pas par rapport aux personnes, mais au quotidien de celui-ci. On minimise souvent l’importance de la fin, même dans notre société ou le deuil est écourté ou parfois même médicamenté, comme s’il nous fallait couper les émotions qui font peur ou dérangent… On n’aime pas pleurer, encore moins en présence de quelqu’un d’autre. Dans certaines cultures, à la mort d’un être cher, on organise des séances de pleurs pendant une semaine et on espace graduellement ces moments. Cela est bien différent de notre culture n’est-ce pas? Montrer aux enfants qu’on est triste que ça se termine, c’est leur montrer qu’il n’y a rien de dangereux à exprimer la tristesse. Cela permet également de garder le « canal » des émotions ouvert et fluide, après tout c’est un élément nécessaire à la bonne santé!

 

Comment faire le deuil du groupe

Rassurez-vous, il n’est pas nécessaire d’organiser des séances de pleurs pour que le deuil se fasse. Je vais énumérer plusieurs exercices qui favorisent le deuil, mais je fais confiance aux éducatrices et à leurs capacités créatives pour inventer de nouvelles façons adaptées à leur groupe.

  • Bricolage qui représente la fin du groupe : cahier pour chacun, mot personnalisé, images ou autocollants représentant l’enfant;
  • Photos du groupe et de moments particuliers durant l’année sous forme de cahier ou CD;
  • Lecture de livres sous le thème de la fin et faire parler les enfants par la suite;
  • Causerie sur les souvenirs qu’ils ont du groupe, ce qu’ils ont aimé de leur année, rappel des moments cocasses;
  • Les enfants peuvent faire le tour du local pour parler à chacun des coins ou à un coin en particulier qu’ils ont aimé (lecture, poupées, blocs…) et dire « merci » d’avoir eu la chance d’y jouer. L’éducatrice peut faire l’exercice avec les enfants plus jeunes;
  • Faire un dessin ayant comme thème la fin du groupe ou faire un dessin à afficher dans le local ou à remettre à celui ou celle qui le désire (éducatrice, enfant du groupe). Cela représentera laisser quelque chose de soi derrière et la chance de conserver quelque chose du groupe;
  • Faire un jeu de symbolisation soit en prenant une image ou une photo qui représente le groupe et en la rangeant dans une petite boite au centre du groupe tout en parlant. Il est même possible d’utiliser le symbole du début de mon texte, un aliment qu’on apprécie qu’on remplace par un autre (une pomme qui sera remplacée par une poire par exemple). La symbolisation peut se faire de plusieurs façons…
  • Faire un jeu qui représente le mouvement de grandir : faire passer les enfants d’une position assise par terre à une position assise sur une chaise (ou d’une plus petite chaise à une plus grande chaise) et leur demander s’ils se sentent plus grands (plus haut). Faire le lien avec ce qu’ils vont vivre en changeant de groupe. Il est aussi possible de le faire en passant d’une petite cabane (soit une petite maison en toile ou une maison construite par le groupe) à un grand local… on se sent grand![1]

Et après la transition?

Afin de bâtir le sentiment de continuité des enfants, il est important de leur permettre de revoir l’éducatrice précédente à l’occasion. Si les enfants savent qu’ils pourront la revoir, ils seront rassurés. Pour reprendre mon image du début, c’est rassurant de savoir qu’on pourra toujours manger des pommes même si on doit manger des poires! Cela me rappelle une petite fille qui avait dû changer de groupe après qu’elle ait été avec moi dans un groupe d’enfants préscolaires pendant quelques mois. Après la transition, elle m’a fait un dessin qu’elle était venue me porter, à moi. Comme il semblait significatif, je lui ai demandé de me raconter son dessin. Je ne me rappelle plus exactement son histoire, mais je me souviens que c’était un fantôme et que je lui ai dit spontanément : « Il me ressemble ce fantôme, je ne suis plus ton éducatrice à présent. » Ma phrase l’a vraiment touchée, car j’ai reçu une avalanche de dessins de sa part par la suite!

 

Lorsque se crée un nouveau groupe, chacun essaie de prendre sa place comme il le peut; certains sont plus réservés, d’autres sont plus soumis, quelques-uns sont plus actifs, d’autres plus réactifs ou rebelles, il y en a qui sont plus exigeants, etc. C’est au tout début que vont se jouer les positions de chacun. Comme dans chaque début, il y a ce qu’on appelle le stress du début autant pour les enfants que pour les adultes. L’éducatrice a donc toute une tâche en début d’année : gérer son stress, gérer celui des enfants et même celui des parents en plus de tenir compte du comportement des enfants en s’assurant de ne pas les « figer » dans une position négative en leur attribuant une étiquette (celui-là, c’est mon dérangeant, lui il est peut-être hyperactif, celle-là c’est ma sensible, elle a l’air sans défense…). C’est un gros défi n’est-ce pas? C’est en échangeant avec d’autres éducatrices et en se ressourçant à l’extérieur que l’éducatrice arrivera à garder son énergie et sa passion, deux ingrédients essentiels à son bon travail auprès des enfants. Ces petits en plein développement qui absorberont tout comme des éponges auront bien besoin de la compréhension des éducatrices à l’égard de leur capacité d’adaptation au changement.

 

Bonnes applications à tous!

 

Nathalie Parent


[1] Cette idée est inspirée de la formation en psychodrame et jeux symboliques offerte par l’IFACEF : www.ifacef.com


*Educatout.com n'est aucunement responsable du contenu de cet article. Toutes les informations mentionnées sont la responsabilité de son auteur et educatout.com se dégage de toute responsabilité ou de tout litige découlant de l'affichage dudit article.

Publicité


Auteur

Nathalie ParentNathalie Parent

Nathalie Parent est psychologue et auteure de plusieurs livres traitant l’enfance et la famille. Elle pratique la psychothérapie auprès des enfants (avec la thérapie par le jeu), des adolescents, des adultes, des couples et des familles. Elle intègre plusieurs approches afin de répondre adéquatement aux besoins de chacun. Chargée de cours à l’Université Laval, elle a agi à titre d’éducatrice ainsi qu’enseigné à des étudiantes en Techniques d’éducation à l’enfance. Elle a aussi supervisé ces dernières dans différents milieux de garde. Elle se consacre maintenant à sa pratique de psychologue, à l’écriture, à la création d’outils pédagogiques et au partage de ses apprentissages à travers des conférences, formations et supervisions dans différents milieux de travail dont les milieux de garde et les écoles.




Publicité
Secured By Entrust, SSL (Secure Sockets Layer). Verify

Site affilié à
Rogers
Pour les placements publicitaires sur educatout téléchargez notre KIT MÉDIA

Back to Top