Bonjour Magalie,
Je suis une éducatrice depuis presque 10 ans et j’adore mon métier. La petite enfance me passionne! J’adore chaque enfant dans son unicité, pour ce qu’il est, ce qu’il deviendra et comment je peux l’aider à s’accomplir.
J’ai une petite fille de 3 ans et demi et un petit garçon de 3 mois. J’ai donc plusieurs chapeaux, celui de femme, de conjointe, d’éducatrice, de mère et de quelques autres comme c’est le car pour plusieurs autres femmes. Bien sûr, ma famille est ma fierté! Mais comment se fait-il que je sois dépassée par les événements? Ne suis-je pas censée m’y connaître en petite enfance?
Honnêtement, je me sens complètement incompétente, et ce, surtout avec ma grande. J’ai vraiment besoin de vos conseils!

Bonjour à vous,
Si je comprends bien, vous avez l’impression de jongler avec vos différents chapeaux. L’image qu’il me vient en tête est que vous n’avez pas assez de têtes pour mettre tous ces chapeaux. Votre chapeau de maman est omniprésent, mais il se chicane souvent avec celui de l’éducatrice. C’est certain qu’une grossesse apporte beaucoup de transformations : les hormones changent, le corps change, la vie change... Tous ces bouleversements s’opèrent sur vous, mais aussi sur les gens qui vous entourent : votre conjoint, votre fille aussi, vivent plusieurs émotions. Il est tout à fait normal que vous vous sentiez bousculée par vos émotions. C’est un apprentissage et une adaptation. Vous devez apprendre à connaître ce nouveau petit être et la nouvelle vie qui est née avec lui.
Vous vous demandez pourquoi vous n’en venez pas à bout avec votre fille. C’est vrai que vous êtes une éducatrice, mais justement! Cette fois, vous avez le chapeau de la maman. Cette cocotte vient vous chercher émotivement. Peut-être recherche-t-elle votre attention? Peu lui importe de l’avoir positivement ou négativement, si elle l’a, c’est tout ce dont elle a besoin! Elle doit aussi chercher sa place dans cette nouvelle famille. En plus, ce que je décode dans vos questions est un sentiment d’échec. Le fait que votre fille réagisse aux changements qui arrivent avec le bébé ne fait pas de vous une mauvaise mère! C’est certain que le temps vous permettra de vous ajuster. Mais, pourquoi ne pas lui verbaliser votre inconfort? Pourquoi ne pas lui raconter l’histoire d’une petite fille de trois ans qui vit dans une belle maison avec son papa et sa maman et pour qui, depuis l’arrivée du bébé, plus rien n’est pareil! La maman vit beaucoup de changements. Elle se sent bousculée par le temps, elle aimerait avoir plus de temps pour sa fille? En inventant une histoire qui raconta la sienne, vous pourrez verbaliser vos difficultés et probablement l’aider à nommer les siennes.
Je pense aussi qu’il peut arriver que lorsqu’on est débordé, on perde plus facilement patience. Si jamais cela arrive, donnez-vous le droit à l’erreur. Le temps et l’énergie que vous perdrez à vous remettre en question, à vous blâmer et à vous trouver moche dans votre rôle de mère n’enlèveront rien à la situation. Assoyez-vous avec votre fille, parlez-lui de ce qui vient d’arriver, excusez-vous et employez le « JE ». Vous avez aussi le droit de demander de l’aide. Papa, grand-maman et grand-papa, parrain ou marraine se feront un plaisir de vous donner un moment de répit. Vous n’avez pas à assumer cette situation seule. Vous avez BESOIN de prendre quelques moments pas jour pour souffler. Ventilez une fois semaine avec une amie, faites une activité avec d’autres nouvelles mamans, sortez seule pour aller faire des commissions...
Ces petits moments, même s’ils semblent anodins, sont essentiels au maintien d’un certain équilibre. Mais, encore faut-il que vous vous les permettiez et que vous acceptiez l’aide qu’on vous offre! Trop souvent, on se dit qu’une bonne mère est capable d’assurer le coup, que nos grands-mères en avaient dix à s’occuper et qu’elles n’en mourraient pas... Mais, l’espérance de vie de ces femmes était de 45 ans! J’exagère, mais elles n’avaient pas plus droit à l’épidurale! Est-ce une raison qui justifie que nous accouchions sans aide pour atténuer notre douleur?
Sonia Leclerc a écrit une chronique sur l’arrivée d’un nouvel enfant au sein d’une famille. Il y a plusieurs suggestions qui pourraient vous aider avec votre fille.
Avec tous ces conseils, j’ai l’impression de bien maîtriser le sujet, alors comment se fait-il que je ne sois pas capable de l’appliquer dans ma propre vie?
Car vous l’aurez peut-être deviné, la question, je me la suis posée à moi-même... Eh oui, c’est moi l’éducatrice aux nombreux chapeaux!