Pour cette chronique, je vous ouvrirai vraiment mon cœur. Je m’apprête à partager avec vous certains souvenirs qui furent difficiles. Vous savez comment les enfants peuvent être cruels et je crois que chacune de nous a un souvenir d’un moment qui l’a profondément blessé. Le pire, c’est que lorsqu’on est jeune, on n’a pas conscience de l’impact qu’ont ces paroles ou ces gestes. Je vous raconte…
Lorsque j’étais au primaire, et pas uniquement à ce moment-là d’ailleurs, j’avais un léger (moyen) surplus de poids. Vous souvenez-vous comment étaient formées les équipes dans les cours d’éducation physique. On choisissait deux chefs : principalement les meilleurs et les plus hot du groupe. Et c’était après que ça commençait à se gâter ! Ça y allait avec les amis, ça se battait pour les meilleurs dans les sports et quand tout ceux-là avaient été choisis, on se battait maintenant pour ne pas avoir les autres, dont je faisais évidemment partie. À la fin, il restait les enfants un peu rondelets comme moi, les plus «intellos », ceux pour qui le sport était vraiment une corvée. Pas surprenant qu’à 29 ans je déteste le sport. Je n’ai aucun intérêt à l’activité physique.
J’ai tellement été humiliée qu’on dirait que c’est inscrit au plus profond de moi.
Mais pourquoi ces méthodes pour choisir les membres d’une équipe ? Je n’en veux pas à mes profs, mais ne se rendait-il pas compte que c’était humiliant et démotivant ? Croyaient-ils vraiment que je me mettrais à m’entraîner, à aimer le sport pour que je sois choisie en premier les prochaines fois? Si c’était ça, vraiment, ils étaient totalement dans l’erreur ! La formation des équipes dans les cours d’éducation physique n’est qu’un exemple. Que dire des profs qui disaient : « ok, choisissez-vous un ami pour la prochaine activité ». C’était immanquable, certains se retrouvaient seuls. Le chagrin dans l’œil, le cœur gros et l’estomac à l’envers. Je suis certaine que, même aujourd’hui, plusieurs d’entre nous sont encore marquées par ces souvenirs. Quand vous arrivez dans un nouveau groupe et qu’il faut vous mettre en équipe, vivez-vous quelques secondes de panique? Je ne suis certainement pas la seule à espérer de toute mon âme voir un visage qui m’est familier.
Je me suis promis que jamais je ne ferais vivre une telle situation aux enfants que j’aurai dans mes groupes. Mais comment ? Il est certain que jamais je ne ferai d’équipes comme quand j’étais au primaire, avec deux chefs. Ensuite, je n’accepte pas qu’un enfant soit mis de côté. Dans mes groupes, j’ai toujours essayé de faire ressortir les qualités des enfants. Mais je pense aussi que l’intégration des enfants à besoins particuliers y est pour quelque chose. Les différences ne sont plus vues négativement par les enfants, elles font plutôt partie de la vie.
Je repousse toute situation où un enfant pourrait vivre du rejet, mais encore plus, puisque je ne pourrai les empêcher toute leur vie. J’essaie d’outiller les enfants pour leur faire face. J’ai toujours privilégié les activités qui développent l’estime de soi et les habilités sociales à toutes autres activités.
Bien sûr que nous faisions du bricolage et de la motricité globale, mais le plus gros travail que j’ai fait avec mes amis est au niveau de la confiance en soi et de la verbalisation des émotions. Je ne serai pas toujours à côté d’eux pour les protéger.
Par contre, s’ils savent ce qu’ils sont, quelles sont leurs forces, leurs talents, leurs bases sont solides. J’ose espérer que les méchancetés dites par d’autres enfants auront moins d’impact qu’elles en ont eu sur moi.
Voilà l’héritage que je veux laisser aux enfants qui ont partagé avec moi une année de leur vie.