Bonjour
Mme Lessard,
Nous sommes allés en voyage en France,
mon mari et moi, 2 semaines l'année dernière.
Et à peu près depuis notre retour, notre
fille de 4 ans vient nous trouver dans notre lit au cours
de la nuit à des heures variables (parfois 4 heures
du matin) et dort avec nous... Souvent, on ne s'en rend
même pas compte d'ailleurs, tellement elle est discrète
! Je me demande à quel point c'est nocif pour elle,
puisqu'elle se couche tous les soirs dans son propre lit
au début de son dodo !
Je vous remercie,
Madame
B.

Bonjour
Madame B,
Le fait que votre petite fille aille vous retrouver régulièrement
dans votre lit n'est pas nocif en soi. Ceci peut, par contre, représenter
une perte d'autonomie et une perte d'intimité.
Plus le temps passe et
plus le système biologique de votre enfant est programmé pour
le réveil nocturne. Pourquoi ne pas officialiser le dodo de nuit en lui
offrant des nuits complètes avec vous à des moments précis.
Par exemple: les mercredis et samedis. Selon votre horaire, choisissez une ou
deux soirées. Une nuit par semaine serait l'idéal. L'idée
est d'aller chercher sa motivation en allant dans le sens de l'énergie
de ses désirs tout en amorçant une déprogrammation du réveil
nocturne.
Votre fille a aussi quatre ans et entre donc dans le
stade du complexe d'Oedipe. À cet âge,
l'enfant devient amoureux de son parent de sexe opposé. Donc, votre fille
de votre conjoint. Vous êtes par défaut la rivale...
Ce sentiment
d'amour exagéré peut mobiliser beaucoup d'énergie chez votre
fille. D'autant plus si la situation lui laisse croire que ce désir peut être
réalisable. Plus votre fille croira à la possibilité de
devenir l'amoureuse de son père, plus la confusion naîtra quant à son
rôle réel à l'intérieur de votre cellule familiale.
Dans le même sens, plus votre fille aura un message clair quant à sa
place réelle à l'intérieur de votre famille, plus elle comprendra
qu'elle a une place de choix, que personne d'autre n'aura cette place et qu'elle
n'aura la place de personne d'autre. Elle comprendra que votre famille répond à une
structure affective claire, ce qui lui apportera une grande sécurité intérieure
sachant que vous êtes là et qu'elle peut compter sur vous pour être
bien encadrée.
Votre conjoint à un rôle particulièrement
important quant à cette mise au point. En effet,
comme il est l'amoureux officiel, c'est idéalement
par lui que doit parvenir l'information, la mise au point.
Il aura beaucoup plus d'influence que vous, la rivale,
face à la dynamique psychologique de votre fille.
Le message à livrer est : Je t'aime, je t'adore,
mon enfant. Tu es précieuse pour moi. J'aime ta
mère, elle est une adulte, elle est mon amoureuse.
J'aime bien avoir des moments d'intimité avec elle.
Tu ne pourras jamais avoir, dans mon cœur, la place
qu'occupe ta mère. Ta mère ne pourra jamais
avoir la place que tu occupes dans mon cœur. Ce sont
des places complètement différentes. À l'intérieur
de mon cœur, il y a plusieurs sortes d'amour. La
place de ta mère correspond à l'amour que
peut avoir un adulte pour un autre adulte. La place que
tu as correspond à l'amour d'un père pour
son enfant.
Ce moment en est un de choix quant à la possibilité de
faire de la prévention en matière d'abus
sexuel. Il doit n'y avoir aucune place pour transmettre
la peur dans votre discours. Transmettre un discours clair
où le sujet de l'abus n'est pas abordé, mais
est en trame de fond. « Aucun adulte ne peut aimer
un enfant comme un amoureux. Les adultes avec les adultes
et les enfants avec les enfants. Est-ce à dire que
je t'aime moins ou plus que Maman ? Non ! C'est une sorte
d'amour différent quoique tout aussi précieux. » Je
le répète, car pour moi c'est primordial
: sans avoir recours à la peur et sans aborder directement
le sujet de l'abus sexuel, la période du complexe
d'Oedipe s'avère un moment de choix pour aborder
les différentes sortes d'amour et pour commencer à transmettre
une vision de plus en plus claire du fonctionnement de
notre société. Tout ceci étant fait à l'intérieur
de la chaleur rassurante de la cellule familiale.
Une fois que votre fille aura compris que vous et votre
conjoint serez là pour le meilleur comme pour le
pire, elle passera à une autre étape de son évolution
personnelle. Elle se dira, ça ne marche pas avec
Papa, alors je vais essayer de ressembler le plus possible à Maman.
Quand je serai grande, j'aurai aussi un amoureux qui sera
merveilleux comme Papa. Ce "pas-sage" l'amènera à s'enraciner
officiellement dans son identité de genre. Elle
se dira: Je suis une petite fille qui deviendra une femme,
j'ai une place à moi et j'en suis fière !Et
voilà ! J'espère avoir apporté de
l'eau au moulin de vos réflexions. À vous
de choisir si cette eau correspond à vos valeurs
profondes. Vous êtes et serez toujours celle qui
aura donné la possibilité à ce petit « hêtre » de
grandir en ayant de solides racines.
À propos, saviez-vous que le hêtre est un
arbre possédant de nombreuses vertus toniques et
médicinales ? Nous pouvons donc croire que plus
notre « hêtre » aura de bonnes racines,
plus il sera fort et aura le pouvoir de s'autoguérir
des diverses mutilations du monde extérieur, plus
il sera en santé, plus il pourra, à son tour,
représenter une place de choix pour abriter d'autres « hêtres » et
pouvoir offrir ses vertus guérissantes.
© Sophia Lessard.
Ce texte est une gracieuseté du
site internet www.sexprime.biz

Formation Programme J’explore…
Deux formations qui s’adressent à tout éducateur ou enseignant qui désire transmettre J’explore... aux enfants de 3 à 8 ans de son milieu. Venez explorer les bases du programme, les thématiques abordées et les ateliers à animer afin d’être parfaitement outillé pour utiliser J’explore...
|