Est-ce que ce sont des cauchemars?
Bonjour,
Je suis éducatrice en milieu familial.
J'ai un parent qui a besoin d'aide pour le dodo pour un problème qui existe depuis 2 semaines, elle vient de m'en parler ce matin : elle couche sa fille de 4 ans à 20h00 et elle s'endort à 20h15, ce qui est normal. Elle se réveille à plusieurs reprises soit à 20h45, 21h15 et à 22h20. Elle demande de l'eau, veut aller faire pipi, et au bout de 3 fois, elle réussit à aller faire dodo avec les parents. Elle a rêvé qu'une mamie courait après ma chatte pour la tuer; elle me l'a raconté.
Cette enfant a les yeux pochés et cernés. Pendant sa sieste de l'après-midi, elle dort très profondément. J'ai de la difficulté à la réveiller, mais je le fais tout en douceur. Je sais que les enfants font des cauchemars, jusqu'a quel point doit-on laisser une enfant venir se coucher avec ses parents pour la nuit?
Je comprends qu'on doit les consoler et les rassurer, mais elle ne crie pas et elle ne pleure pas, elle raconte.
Pour ce qui est d’une routine pour le dodo, la maman en a établie une depuis un an.
J'aimerais avoir une réponse à ses cauchemars. Quoi faire pour aider la maman? Leurs nuits sont courtes, elles ont toutes les deux besoin de sommeil.
Merci à l'avance,
Denise

Bonjour Denise,
À la lecture de votre courriel, je doute qu'il s'agisse de cauchemars.
Tout d'abord, une fillette de 4 ans aux prises avec des cauchemars ne pourrait pas les raconter sans avoir un peu d'émotions.
Par définition, un cauchemar est un rêve troublant et angoissant évidemment chargé d'émotions négatives. Le scénario raconté, quoique peu agréable, semble inventé pour capter l'attention des parents qui finalement la couchent avec eux. En agissant ainsi, non seulement les parents n'apprennent pas à leur fille à gérer ses cauchemars, mais ils la récompensent en la couchant dans leur lit. Il est tout de même important de savoir que l'enfant de deux à six ans est sujet aux cauchemars.
En fait, c'est l'âge où les cauchemars sont les plus fréquents. Toutefois, un enfant qui vient de vivre un cauchemar s'éveillera en sursaut et sera anxieux. Il lui faudra du temps pour être rassuré et pour comprendre que ce qui l'a effrayé dans le rêve ne s'est pas vraiment passé.
Chez le jeune enfant, les cauchemars représentent en général des peurs non contrôlées.
Quand survient un cauchemar, la meilleure attitude est avant tout de le réconforter et de le rassurer (non pas de lui permettre de venir dormir avec ses parents). Ensuite, il est bon de lui laisser raconter son cauchemar, d'approuver ses réactions et au besoin, d'inspecter la chambre pour le rassurer. Par la suite, il convient de suggérer à l'enfant de faire appel aux pouvoirs magiques de ses héros pour lui porter secours dans ses rêves.
Des histoires touchant le sommeil, disponibles en librairie, fournissent aux enfants des modèles à imiter pour apprivoiser le sommeil et surmonter les menaces du cauchemar.
Quant aux allers et retours à la salle de toilette quelques minutes après s'être couchée, plusieurs parents vivent la même chose, rendant ainsi l'heure du coucher éprouvante.
Demandes, négociations et compromis n’en finissent plus : maman, je veux une autre histoire, papa, j’ai encore soif…, j’ai oublié de faire pipi…, un autre baiser…, encore un peu d’eau, etc. Ces requêtes incessantes se terminent souvent par des pleurs pour l’enfant et l’exaspération du parent.
Ce comportement est appelé le syndrome de rappel. Le verre d’eau, le câlin supplémentaire et la visite aux toilettes ne sont pas des nécessités, mais bien des tactiques généralement employées pour étirer le temps de veille et mobiliser l’attention des parents. Le syndrome de rappel témoigne magnifiquement de l’inventivité d’un enfant. Plus celle-ci est grande, plus il goûte de façon prolongée à la présence de ses parents.
Une bonne gestion de ce problème commence par l’instauration d’une routine précise, d’un rituel du coucher tel que décrit précédemment. L’étape suivante consiste à s’assurer que tout a été accompli avant le dodo. Un tableau avec des pictogrammes (verre d’eau, toilette, brosse à dents, baiser, etc.) que l’on coche avec l’enfant est agréable et efficace. L’enfant voit clairement les étapes le menant au dodo. Le point important à retenir est d’établir des limites précises et de les maintenir.
En dernier lieu, il importe de faire comprendre à son enfant que le fait de se lever dérange son sommeil. Il doit être prévenu que s’il se lève, on le renverra illico se coucher. Les parents dont l’enfant menace de faire dans son pantalon si on ne lui permet pas d’aller à la toilette pour la énième fois, ne risquent rien et doivent rester impassibles. Sinon, l’enfant l’interprétera comme un encouragement à continuer son manège.
En définitive, ce problème est facilement remédiable lorsque les parents s’en tiennent aux limites établies.
Brigitte Langevin, auteure
Conférencière et formatrice
L'ABC des Rêves et du Sommeil