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Comportements sexuels et doutes; comment poser les bonnes questions aux enfants?

Bonjour,

 

Je suis très inquiète des comportements sexuels de ma fille qui aura 7 ans en juin.

L'été passé, à 2 reprises, deux de ses copines sont descendues de sa chambre en panique afin de m'aviser que ma fille voulait qu'elles lui touchent la vulve. J'ai parlé avec ma fille, lui demandant si un adulte lui avait fait cela, son père, son oncle, son frère, un cousin? Avec toutes ces questions, il ne semble pas y avoir eu d'abus selon ses réponses.

 

Ce soir, nous avions une copine de classe à la maison et je les ai envoyées dans le bain en jetant un œil derrière la porte. Ma fille lui a demandé si elle était « game » de lui toucher la vulve. La petite lui a répondu : « Non ce sont des parties intimes! » J'ai encore une fois parlé seule à seule avec ma fille qui m’a juré, pour une 4ème fois, qu’elle ne le ferait plus... me racontant même que cette copine lui aurait déjà demandé de baisser ses culottes chez elle une fois...

 

Je ne sais plus quoi penser...ma fille est obsédée ou quoi? Pourtant, nous parlons ouvertement de la sexualité à la maison, je l'ai allaitée jusqu’à 2 ans, je suis avec le même conjoint depuis 12 ans qui, lui, est très pudique et n'a jamais eu de comportements sexuels inadéquats. Je prends encore mon bain avec elle. Il nous arrive encore, de temps à autre, de nous promener nus dans la maison, elle, son frère de 10 ans ou moi, alors elle sait à quoi ressemble le corps humain.

 

Désolée d'être un peu décousue mais je suis dépassée par les évènements... qu'en pensez vous?

 

Merci,


Myriam 31 ans, infirmière


 

Bonjour Myriam, 

 

Il y a plusieurs aspects qui pourraient être abordés dans votre courriel.

La première question qui me vient en tête est : Vous êtes-vous procuré « J’explore… »? Si ce n’est pas encore fait, je vous le conseille fortement et vous suggère de réaliser tous les chapitres avec votre fille.

 

Bien qu’elle ait accès à une certaine intimité familiale et à une mère ouverte, ceci ne l’empêche pas, à sept ans, de vouloir découvrir son corps et celui des autres enfants. Cela n’a rien d’inquiétant en soi. Toutefois, sa soif de découverte peut faire en sorte qu’elle se place dans des situations problématiques. C’est exactement là où votre rôle de parent est primordial. Heureusement, elle peut compter sur vous!

 

Je voudrais porter votre attention sur un aspect très important de votre courriel : «J'ai parlé avec ma fille, lui demandant si un adulte lui avait fait cela, son père, son oncle, son frère, un cousin? Et avec toutes ces questions, il ne semble pas y avoir eu d'abus selon ses réponses.»

 

Il faut être extrêmement prudent lorsqu’on pose des questions aux enfants. Celles-ci peuvent être à l’origine d’une plus grande investigation. Que serait-il arrivé si votre fille avait répondu que son oncle lui avait touché la vulve? Vous auriez voulu le rencontrer et tirer cela au clair avec lui? Vous auriez voulu en savoir davantage, n’est-ce pas? Et comment vous y seriez-vous pris? Avec des questions qui ressembleraient à : « Comment a-t-il touché ta vulve? En te frottant avec ses mains? Il t’a frottée sur sa cuisse? Tu avais les culottes baissées? Et tes petites culottes, elles étaient baissées aussi? Et lui, est-ce qu’il t’a montré son pénis? etc. » Bref, c’est ce genre de questions que posent presque tous les parents soucieux de vouloir aider leur enfant et c’est en fait, la meilleure façon de lui nuire! Que voulez-vous, on ne peut pas être spécialiste dans tout!

 

Les questions posées à l’enfant sont là pour évaluer s’il y a de quoi s’inquiéter ou non. Vos questions ne doivent jamais être suggestives, c'est-à-dire que vous devez vous assurer qu’elles ne contiennent aucun élément de réponse. Une discussion suggestive compromet la possibilité de poursuite en Cour criminelle. Utilisez seulement des questions ouvertes.

 

Saviez-vous qu’un enfant qui dévoile un abus sexuel devra le répéter à plusieurs reprises? Il y aura : la personne à qui il se confie, l’intervenant du centre jeunesse, les nombreux membres de sa famille, l’agent de police qui recevra la plainte, l’enquêteur qui l’évaluera, le psychologue, le sexologue qui évaluera, entre autres, la gravité du choc posttraumatique, le substitut du procureur de la couronne qui voudra rencontrer l’enfant et l’évaluer, le témoignage de l’enquête préliminaire, le contrinterrogatoire, etc.

 

Bref, on lui demandera de répéter la même histoire et de s’en tenir aux faits. Comment fera-t-il si des adultes « remplis de bonnes intentions et désireux de bien comprendre » sont venus subtilement ajouter à son histoire mille-et-un faits? Comment ferons-nous pour établir « le fardeau de la preuve » si ce que disait l’enfant au début diffère de ce qu’il nomme à présent?

 

L’enfant peut avoir de la difficulté à faire la différence entre les évènements vécus et les évènements qui lui ont été racontés. De plus, il ne saisit pas l’importance de ses réponses et peut vouloir plaire à l’adulte. Ainsi, il pourra être tenté de répondre ce qu’il pense qu’on attend de lui. Il peut aussi être « tanné » de répondre à la même question et changer sa réponse afin que vous cessiez de la lui poser.

 

Je me souviens d’une fois où, ayant une procureure de la couronne dans mon bureau, je devais faire en sorte, sans la diriger, qu’une petite fille raconte son histoire à nouveau. La procureure était certes là pour écouter la petite mais également pour évaluer ma compétence à être non suggestive. À la fin de cette rencontre, elle m’avait dit : «  C’est vraiment incroyable votre façon de vous y prendre. Vous êtes moins suggestive que nous à la cour. On aurait avantage à apprendre de vous! »

 

Quand on veut réellement aider l’enfant, il faut cesser de vouloir être efficace, cesser de comprendre trop vite et prendre le temps d’entrer en relation avec lui. Ce travail est un art. Mieux vaut le laisser faire par des gens qui ont appris à le manier puisque la suite des évènements en dépendra.

 

Si, après avoir utilisé « J’explore… » avec votre fille, ses comportements ne s’améliorent pas, je vous conseille de communiquer directement avec moi.

 

© Sophia Lessard, Sexologue


*Educatout.com n'est aucunement responsable du contenu de cet article. Toutes les informations mentionnées sont la responsabilité de son auteur et educatout.com se dégage de toute responsabilité ou de tout litige découlant de l'affichage dudit article.

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Auteur

Sophia LessardSophia Lessard

Sophia Lessard est sexologue, maître en programmation Neuro Linguistique (PNL), hypnothérapeute formée à l'Institut Milton H. Erickson. Elle est l'auteure du livre, « J'explore », « Pour l'amour des enfants... La découverte de la sexualité et ses mystères » aussi traduit en anglais et du CD d'hypnose « Des chemins différents... ». De plus elle est une formatrice reconnue et elle offre une multitude de formations diverses.

 

N.B. Sophia est décédée en janvier 2017, mais à sa demande nous continuons à publier ses écrits.



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