Le but de la rencontre est de trouver des pistes de solutions pour venir en aide à Xavier. De toute évidence, rien ne va plus! Notre fils démontre un retard langagier et ce qui me préoccupe davantage en tant que maman sont ses réactions colériques hors du commun!
Première étape, on nous suggère de consulter une orthophoniste afin de faire évaluer son retard de langage. Je participe donc avec Xavier, dès l’automne, à une série d’ateliers avec l’orthophoniste du CLSC de notre secteur sans grand succès...
Mon instinct de mère, doublée d’une formation en psychologie du développement de l’enfance, me dit de pousser la recherche du côté comportemental. La directrice générale du CPE me suggère de contacter la Clinique des Troubles de l’Attention de l’Hôpital psychiatrique de Rivières-des-Prairies de Montréal. En novembre 2005, tombée du diagnostic : « Madame, votre fils a un TDA/H ». Un TD quoi?!?!? C’en était trop (Il faut dire que les dernières années m’avaient donné leur lot de chagrins : décès de mon père, fausses couches, pertes d’emploi...)! N’avais-je pas eu assez de deuils à vivre!
Nous avons de la chance! On nous lance une bouée : Xavier fera parti d’un projet d’études « Ali-Agité » à la Clinique des Troubles d’Attention de L’Hôpital Rivières-des-Prairies d’une durée de 20 semaines où nous apprendrons comment mieux encadrer et outiller Xavier.
En septembre 2006, le projet terminé, on se retrouve seuls avec notre fils, sans ressources. Mon congé de maternité aussi se termine (oups! J’avais omis cette précision, la venue de notre Chouchounette en août 2005!)… Alors, remonte à la surface, le deuil de l’enfant rêvé… J’avais évité de faire face à la musique sûrement par protection et du fait que j’étais dans ma bulle de nouvelle maman avec l’arrivée de notre fille.
Avec du recul, je comprends qu’en réaction à mon deuil, je me suis mise à chercher intensivement de l’info sur le TDAH (Trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité). J’étais déterminée à « sauver »Xavier et lui trouver les outils nécessaires à faciliter le développement maximal de son plein potentiel! En effet, je crois de façon intrinsèque qu’on a tous quelque chose à offrir et que toute vie a sa raison d’être et sa place. Ce qui me frustrait le plus en tant que maman, c’est le regard des autres sur mon enfant. Mon enfant était jugé non pas sur son potentiel mais sur les manifestations de son impulsivité dues à son déficit de l’attention.
Un jour, je suis « tombée » sur un site internet (ADHD Foundation of Canada) qui a changé le cours de ma vie : on y donnait plein de statistiques concernant le trouble du déficit de l’attention. En fait, j’ai su bien plus tard, qu’il s’agissait des répercussions du TDAH sur les jeunes enfants qui ne retrouvent pas l’encadrement dont ils ont besoin. Les larmes me sont venues aux yeux. Dès lors, j’ai choisi de m’impliquer et de faire partie des solutions afin d’accompagner ces enfants et ces parents à bout de souffle! J’abandonnais le milieu de la mode après y avoir consacré plus de 18 ans de ma vie en tant que dessinatrice.
En janvier 2007, je me suis inscrite à une formation en entrepreneurship à la Compagnie F. J’avais comme idée au départ de créer un site internet spécialisé. On m’a suggéré d’envisager la possibilité de développer un produit. Qu’est-ce qui m’aurait facilité la vie au moment où Xavier était nouvellement diagnostiqué? Qu’est-ce qui m’aurait aidé? Et vlan! Un matin, j’ai eu l’idée du projet! Le développement de tableaux aimantés pour faciliter la routine du matin, conçu pour l’enfant, ludique de conception, pour capter son attention. « L’enfant au cœur de l’intervention » Plusieurs approches et outils que j’avais trouvés dans ma démarche en tant que maman s’adressait aux parents/adultes et visait la gestion comportementale de l’hyperactivité/impulsivité.
Au-delà des manifestations du comportement « dérangeant » de l’hyperactivité et de l’impulsivité, plus je m’informais sur le trouble de l’attention, plus que je réalisais que les besoins d’organisation, de planification à exécuter une tâche, de motivation de l’enfant n’étaient pas répondus. En effet, les dernières avancées scientifiques sur le TDAH nous indiquent qu’en fait, ce sont les fonctions exécutives du cerveau (lobe frontal droit) qui régissent l’organisation, la planification et l’auto-motivation de l’individu qui sont bien souvent atteintes. Qu’adviendra-t-il à l’enfant devenu adulte, laissé à lui-même, s’il n’a pas appris à développer très tôt (les enfants sont de vrais éponges! Plasticité du cerveau oblige) des réflexes organisationnels? Jeunes, ils sont entourés d’adultes qui leur répètent constamment ce qu’ils doivent et ne doivent pas faire. Est-ce que son employeur prendra la relève du parent? J’en doute.
C’est à la lumière de ces informations capitales que j’ai voulu concevoir un outil où l’enfant se doit d’être proactif dans la démarche afin de mieux intégrer le « réflexe » de développer des méthodes d’organisation qu’il transférera dans d’autres sphères de sa vie jusqu’à l’âge adulte. Mon but est clair: favoriser l’autonomie au quotidien du jeune atteint d’un TDAH, augmenter l’estime de soi, favoriser la reconnaissance de ses efforts (l’enfant reçoit plus souvent qu’autrement du feedback négatif avec les répercussions que l’on connait!) et par conséquence, réduire le stress parental.
Être parent, c’est exigeant! Ça l’est d’autant plus avec un enfant qui a des besoins particuliers. Il y a une pression additionnelle sur les familles qui vivent ces problématiques. Chacun des membres de la famille s’en ressent à sa manière. En tant que parents, on se retrouve souvent en situations conflictuelles ou de négociations avec nos enfants. « Il faut choisir ses batailles » Un des meilleurs conseils que j’aie reçu en tant que parent. En concevant mon outil, c’était aussi de ça qu’il était question. Me garder un niveau d’énergie assez élevé pour les « vraies batailles » La routine du matin était très demandante! Je devais constamment répéter les mêmes consignes, je devais annoncer les transitions (Xavier était très rigide et réagissait par des crises hors du commun si je le changeais d’un espace à un autre sans l’avertir). Je me revois encore, assise à mon volant, épuisée avant même d’être rendue au bureau!
Je voulais définitivement accompagner les enfants mais je pensais aussi aux désarrois de certains parents, à bout de souffle et à court de ressources pour l’avoir moi-même vécu. Je voulais faciliter leur passage...
Je voulais créer un espace où le système de récompenses (motivation) serait un prétexte pour passer plus de temps en vivant des activités positives avec notre enfant afin de solidifier le lien affectif souvent mal mené au cours de nos différentes interventions que nécessitent la condition de notre enfant (en ce qui me concerne, ça vaut pour toute la famille!). 
J’ai donc commencé ma démarche créative en travaillant à n’en plus compter les heures, à assister à plusieurs conférences spécialisées sur le déficit de l’attention, de formations, me documenter, de rencontrer plusieurs spécialistes et intervenants auprès de l’enfance « en difficulté » ou «à risque » comme on nous le présente souvent à nous parents, pour enfin en arriver à la version finale de l’outil MotivoPicto (prenant en considération la générosité de leurs commentaires afin d’améliorer le produit). En passant, Motivopicto vient de la formation des mots Motivation et Pictogrammes.
En décembre 2007, j’ai présenté mon projet à un comité d’experts pour appliquer pour la mesure STA afin d’obtenir de l’aide pour mon démarrage. En mai 2008, mon plan d’affaires était accepté avec succès.
En juin 2008, après plusieurs mois de travail, j’ai été nommée Lauréate (1er prix) pour la catégorie « Transformation et Produit » du Concours Entrepreneurial de la Compagnie F!
J’avoue que je me sens souvent en terrain inconnu dans cette nouvelle entreprise et j’ai dû faire face à plusieurs de mes insécurités. Cependant, c’est mon engagement à vouloir utiliser mon côté créatif au service des enfants atteints de TDAH qui m’a permis de persévérer dans ce projet. Plusieurs spécialistes rencontrés m’ont affirmé que mon outil est pertinent également dans certains cas de TED (Trouble envahissant du développement), d’autisme et de dysphasie…Évidemment, tout enfant peut bénéficier de l’apprentissage des routines! Aussi bien apprendre dans un contexte ludique et expérimenter ses apprentissages de façon positive.
Je tiens à remercier tous ceux et celles qui ont cru et croient en mon projet! Tout au haut de ma liste, Éric, mon complice, qui par ses encouragements constants, ses conseils et son amour pour moi m’a donné l’espace pour demeurer dans l’aventure! À Maman, qui s’est montrée fière de moi. À mes coaches; Maricarmen de la Compagnie F et Line qui ont nourri ma foi en ce projet! Toutes les autres personnes, vous savez qui vous êtes, je suis heureuse de vous avoir rencontrées sur mon chemin. Et surtout… merci à toi, ma Muse, Xavier, qui m’a enseigné tant de choses! Comment se douter que tant de sagesse émane de toi quand plusieurs au départ nous avait présenté ton diagnostic comme une sentence! Toi et ta sœur sommes nos plus beaux cadeaux.
Merci de nous avoir choisis comme parents...
Dominik Lavigne