L’intimidation… une intervention qui demande du doigté! (Partie 2)
Dans la chronique précédente, j’abordais l’intimidation sous un angle informatif et préventif. Cette partie-ci concerne davantage l’intervention auprès des enfants qui adoptent des comportements d’intimidation ainsi que l’intervention auprès des victimes et des témoins.
Durant la petite enfance, l’enfant est appelé à développer ses compétences sociales. À ce stade-ci, nous devons enseigner les bonnes conduites aux enfants. À cet âge, les comportements d’intimidation sont rarement intentionnels, c’est-à-dire adoptés dans le but de nuire à autrui. Par exemple, l’enfant de 3 ans qui pousse ou crie face à un autre enfant utilise ces comportements parce qu’il manque de moyens ou encore parce qu’il a appris ce type de comportements. De plus, l’enfant est centré sur lui à ce stade, sur ce qu’il ressent et sur ses besoins et non sur les besoins d’autrui. Il n’arrive pas à faire preuve d’empathie et à tenir compte de deux points de vue à la fois. Le rôle de l’adulte est donc de guider l’enfant et d’intervenir lorsqu’il adopte des comportements inadéquats à l’égard d’autrui. En lui montrant comment agir et en lui donnant des comportements de remplacement, il apprendra des comportements respectueux et prosociaux. Ainsi, nous sommes en mode prévention.
Par ailleurs, nous pouvons être témoins de situations d’intimidation et ce, dès l’entrée dans le monde scolaire. L’enfant de 6 ans peut adopter des comportements reflétant un rapport de force avec une intention derrière son comportement (faire mal, obtenir quelque chose, faire rire les autres). Nous devons donc intervenir sur le champ. En premier lieu, l’adulte devrait s’arrêter et cibler son attention sur la victime. Ensuite, l’intervenant doit revoir, avec l’enfant qui utilise des comportements d’intimidation, l’impact et les conséquences de son geste, ses mots ou son attitude. Il doit terminer son intervention en demandant à cet enfant de quelle façon il va réparer les torts causés à la victime. L’enfant doit se responsabiliser en assumant les conséquences de ses actions. Voici un exemple d’une situation et des exemples de questions à utiliser afin d’amener l’enfant à réfléchir sur son comportement :
Depuis quelques jours, Simon rapporte aux intervenants scolaires que Louis-Pierre le traite de « p’tit-gros ». Il dit qu’il lui dit cela devant d’autres amis dans l’autobus et dans la cour de récréation.
- Est-ce que tu sais comment s’appellent les mots que tu viens d’utiliser?
- Comment crois-tu que Simon se sent quand tu lui dis ces mots?
- Toi, si l'on décidait de rire de toi durant la récréation, comment te sentirais-tu?
- Comment vas-tu réparer le tort que tu as causé à Simon?
- Est-ce que tu crois que ce geste de réparation est suffisant aux yeux de Simon?
- etc.
Des exemples de conséquences possibles pour l’élève qui adopte des comportements d’intimidation sont : réfléchir en étant guidé par l’adulte, un geste de réparation envers la victime ou le retrait d’un privilège en lien avec l’action. Par ailleurs, nous devons faire preuve de prudence dans le choix de nos interventions en matière d’intimidation. Il faut éviter de confronter l’enfant qui est victime et l’enfant intimidant. La victime éprouve une série d’émotions désagréables (peur, honte, impuissance) et risque d’éviter de nommer les faits réels par peur que l’enfant pris en défaut se venge. Pour cette raison, je dirais que ce type d’intervention est à éviter dans une problématique d’intimidation. Nous utiliserons plutôt cette stratégie pour gérer des conflits (voir le texte partie 1). De plus, lorsque nous utilisons la réparation comme conséquence, nous devons valider auprès de l’enfant victime s’il accepte le geste de réparation. Il est important de bien évaluer la situation afin d’être en mesure d’appliquer une conséquence à la mesure du geste posé.
Pour les adultes, il peut être difficile d’être témoins des situations d’intimidation puisque les enfants qui intimident le font généralement lorsque nous avons le dos tourné. Néanmoins, il est important d’inciter l’enfant à dénoncer la situation auprès d’un adulte de confiance. La croyance que l’ignorance invitera l’intimidateur à cesser son comportement est fausse. Bien au contraire, l’ignorance pousse l’intimidateur à prendre du terrain.
En terminant, il est essentiel de poser des actions auprès de l’enfant qui a subi de l’intimidation. L’enfant victime d’intimidation a été atteint dans son intégrité. Il doit donc retrouver son pouvoir et sa valeur personnelle. À ce moment-là, il est nécessaire que l’enfant soit outillé pour savoir comment agir face à des comportements irrespectueux. Il doit apprendre à s’affirmer et refuser toute conduite intimidante à son égard. Ainsi, différentes techniques de communication et de résolution de problème pourraient lui être enseignées. Finalement, amener l’enfant à croire en ses compétences et ses qualités en lui proposant un petit carnet de fierté. L’enfant note dans un carnet une ou deux fiertés par jour.
Vous savez qu'il existe souvent un troisième acteur dans une situation d'intimidation, ce sont le ou les témoins. Il est important que ceux-ci soient également sensibilisés à la problématique de l’intimidation. Ils doivent savoir que la position qu’ils occupent a un très grand impact… soit celui d’encourager l’intimidateur à continuer son comportement et de ne pas porter secours à une personne en difficulté.
Je souhaite que ces deux textes puissent vous guider dans vos interventions auprès des enfants. Que nous soyons un enseignant, un éducateur, un entraineur, un oncle ou un parent, il est de notre responsabilité d’agir quant à l’intimidation.
Anne-Marie Audet, psychoéducatrice
***Anne-Marie est actuellement en tournée de conférences afin de sensibiliser et outiller les parents et les intervenants concernant la problématique de l’intimidation***