L'intimidation… une intervention qui demande du doigté! (Partie 1)
La rentrée scolaire 2011 m’a permis d’effectuer une tournée de conférences en Gaspésie. Suite à cette série de conférences, je constate que cette problématique est déroutante pour les parents ou les intervenants qui reçoivent les confidences d’enfants victimes ou témoins d’intimidation. Il est utopique de croire qu’un jour cette problématique sera chose du passé. Cependant, j’ose espérer que les phrases comme « J’ai vécu de l’intimidation pendant tout mon primaire » ne viendront plus sonner à mes oreilles!
Si nous ne pouvons l’éliminer, nous pouvons poser des actions pour prévenir l’intimidation et mieux intervenir. Nous pouvons en être témoins par des confidences d’enfants ou en voir dans des activités familiales ou entre amis. Lors de mes conférences, j’ai abordé le thème de l’intimidation sous l’angle de la prévention et celui de l’intervention. Pour cette première partie de deux, j’aborderai donc l’intimidation sous l’angle de la prévention.
C’est quoi au juste de l’intimidation?
Nous pouvons qualifier d’intimidation toute situation où il y a un pouvoir qui est exercé sur une autre personne et ce, dans le but d’obtenir quelque chose, de blesser ou d’atteindre la dignité de l’autre. Elle se produit dans des situations où il y a un rapport inégal, réel ou perçu. Les actes posés doivent être faits de façon répétée. Il existe différentes formes d’intimidation. Elle peut exister sous forme d’agressions directes telles que frapper, pousser, cracher, menacer, taxer, insulter ou briser les biens de l’autre. Il y a aussi les agressions indirectes telles que ridiculiser, partir des rumeurs ou exclure. De plus, il y a la dernière venue : la cyberintimidation. Cette forme, quoiqu’elle est indirecte, vise à faire mal et atteindre l’estime de soi de l’autre, mais tout cela via les communications numériques : courriels, blogues, réseaux sociaux, messages textes, etc.
Nous voyons des gestes d’intimidation chez les enfants très jeunes. Je vous en cite des exemples :
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Jeanne et Mélina, toutes les deux âgées de 5 ans, refusent catégoriquement de jouer avec Sophie. À chaque fois, qu’elles voient Sophie arriver, elles se sauvent.
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À tous les jours pendant la récréation, Jonathan, âgé de 6 ans, ridiculise Nathaniel en se moquant de ses caractéristiques physiques (« Tu es gros comme un éléphant, tu as de grandes oreilles de Shrek »).
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Jérémie, âgé de 5 ans, fait de mauvais coups et il oblige Samuel et Coralie à garder le silence en menaçant de briser leurs jouets.
En tant que parents ou intervenants, nous avons parfois de la difficulté à faire la différence entre des comportements d’intimidation et de simples conflits. Les conflits se démarquent plutôt par des différences d’opinions, des désaccords et le refus de faire des compromis.
Semer de petites interventions pour récolter de gros fruits
Tout d’abord, il est important d’expliquer et de sensibiliser les enfants au sujet de l’intimidation. Ils doivent savoir détecter les situations d’intimidation. Souvent, les enfants auront un rôle bien précis devant un contexte d’intimidation. Ils seront soit victimes, témoins ou agresseurs. Très tôt, on doit enseigner aux enfants à respecter les autres, à accepter un refus, à poser leurs limites et à venir en aide à quelqu’un dans le besoin. De plus, la position des parents quant aux gestes d’intimidation doit être connue des enfants, c’est-à-dire « tolérance 0 » par rapport à de tels comportements. Finalement, lorsqu’il y a altercation entre des enfants, il faut en premier lieu se demander : est-ce une simple chicane d’enfants ou bien est-ce un ou des comportements d’intimidation? Si vous êtes devant un conflit, il est important de les laisser gérer celui-ci sans intervenir trop rapidement. Par contre, si vous êtes devant de l’intimidation, vous devez intervenir sur-le-champ pour protéger la victime et arrêter l’agresseur.
Dans la deuxième partie, j’aborderai l’intervention auprès des enfants qui adoptent des comportements d’intimidation ainsi que l’intervention auprès des victimes et auprès des témoins.
Anne-Marie Audet, psychoéducatrice