L’enfant et ses peurs
La peur est une émotion nécessaire afin de nous protéger du danger. C’est une sorte de système d’alarme interne. Nous ne pouvons pas éliminer la peur et l’anxiété chez les enfants, mais nous pouvons les outiller afin qu’ils puissent composer avec ces émotions.
Parfois, les parents ou les éducateurs se sentent démunis devant un enfant qui devient hystérique à la vue d’un chien. Sans en être conscient, l’intervention première de l’adulte sera de prendre l’enfant dans ses bras. Ce type d’intervention confirme à l’enfant qu’il y a effectivement un danger. Comment faire me diriez-vous?
Les peurs selon les différents stades de développement
Tout d’abord, il est important d’être informé qu’il y a des peurs naturelles selon les différents stades de développement de l’enfant.
En général, le bébé de 10 mois aura peur des étrangers, l’enfant d’un an aura peur de certains jouets, l’enfant de 2-3 ans aura peur des personnages fantastiques (clown, Père Noël, etc.), l’enfant de 4-5 ans aura peur des monstres tandis que l’enfant de 6-7 ans pourrait avoir peur que la maison soit incendiée.
La peur peut suivre le cours normal du développement de l’enfant. Cependant, elle peut survenir à la suite d’un traumatisme, par association ou par imitation. Vous comprendrez que si maman devient hystérique devant l’enfant à la vue d’une araignée, il y a de fortes chances que l’enfant imite son parent.
Reconnaitre l'émotion ressentie par l'enfant
Une fois que nous savons que la peur est naturelle chez l’enfant, il est important de reconnaitre l’émotion ressentie par l’enfant. La peur vécue par l’enfant peut nous paraitre anodine, mais elle est vraiment réelle chez l’enfant.
Donc, l’adulte qui utilise des mots réconfortants devant un enfant qui a peur peut grandement faire diminuer son anxiété. L’enfant se sentira compris et soulagé par le fait même. Par exemple, vous pouvez dire à l’enfant : « Je comprends que tu as peur et que tu n’aimes pas cela, mais je vais t’aider. »
L’intervention généralement utilisée par le parent ou l’éducateur est d’éviter les situations qui créent la peur. Pourtant, l’évitement contribue à maintenir l’enfant dans sa difficulté.
Voici les principales formes d’évitement : prendre l’enfant dans nos bras devant la peur, l’amener dormir avec nous, éviter certains endroits ou certaines activités, etc. Cependant, forcer l’enfant à affronter sa peur peut également faire augmenter son anxiété. Il est alors important de trouver un équilibre entre la surprotection et le manque de protection ou de sécurité.
L’enfant a besoin d’être accompagné, sécurisé et encouragé. Nous devons y aller graduellement. Par exemple, l’enfant qui a peur des chiens pourrait, avant d’arriver à flatter le chien, regarder un film d’enfants ou lire un livre d’histoire dans lequel il y a un chien gentil. En regardant le film ou le livre, l’adulte peut soulever les comportements agréables du chien.
Par la suite, lorsque l’enfant est dans le même environnement que le chien, il pourrait regarder le chien de loin. Finalement, lorsque l’enfant se sent assez en confiance pour s’approcher du chien, je propose aux parents ou éducateurs de se baisser au niveau de l’enfant et de garder un bras autour de celui-ci pendant que l’adulte flatte le chien.
Reconnaitre sa peur
La peur des monstres est bien réelle chez les tout-petits. Par exemple, le développement de l’enfant de 4 ans est au stade de l’imaginaire. Pour lui, les monstres existent réellement. Reconnaitre sa peur au lieu de la nier apportera un certain réconfort à l’enfant.
Comme pour la peur des chiens, de petites actions peuvent contribuer à diminuer ses peurs. Par exemple, on peut lire des histoires ou regarder des images de monstres rigolos. Parfois, les monstres peuvent être des héros! D’un autre côté, vous pouvez jouer la comédie et simuler une attaque de monstre avec l’enfant.
Vous pouvez munir l’enfant d’un bouclier fabriqué à la main et d’une épée, ouvrir la porte de la garde-robe ou de sa chambre à coucher et attaquer le monstre ensemble. De cette façon, l’enfant devient le plus fort, il est capable de combattre les monstres!
Alors, voilà quelques petites stratégies efficaces afin d’amener l’enfant à affronter ses peurs au lieu de nier celles-ci ou tout simplement d’éviter ce qui les provoque. L’important est que l’enfant sente que vous le comprenez en mettant des mots sur ce qu’il vit. Il faut respecter son rythme en y allant graduellement.
Anne-Marie Audet,
Psychoéducatrice