Il aime faire tout ce qui est interdit
Bonjour,
Je ne sais pas vraiment par quoi commencer, mais une chose est certaine, je ne sais plus quoi faire. Mon fils de 4 ans est un enfant très difficile à gérer. Il aime blesser les autres enfants, en particulier son petit frère de 2 ans. Nous avons l’impression qu’il aime faire tout ce qui est interdit pour nous faire fâcher. J’ai l’impression d’avoir fait le tour des stratégies pour tenter de faire changer ses comportements, mais là je suis vraiment à bout. Si un mot lui est interdit, il le répète sans cesse. Si un comportement est interdit, il le fait à répétition. L’éducatrice de son ancien service de garde, qui était d’une patience d’ange, n’était plus capable de s’occuper de lui et j’ai dû trouver une autre garderie. J’ai bien peur que la même chose se produise s’il n’y a pas d’amélioration prochainement. Je suis très inquiète, car il va bientôt commencer l’école et je ne voudrais pas qu’il ait encore ce genre de comportements.
Pourtant, il peut tellement être génial parfois. Il me fait des compliments incroyables et malgré le fait que j’ai l’impression de devoir le punir continuellement, je reste pour lui la meilleure maman du monde. L’image qu’il donne, un peu extrême mais représentative, est de l’ange et du démon; autant il peut être le meilleur des petits garçons, autant parfois &*?*. Je me sens coupable de dire des choses comme ça, mais ma patience s’effrite de plus en plus et je ne veux pas y laisser ma santé mentale. Je trouve cela très, très difficile. Je me questionne sur ma capacité d’être une bonne mère. Peut-être est-ce moi le problème, comment le savoir?
Merci de votre écoute.
Pourquoi et comment intervenir?
Tout d’abord, votre message m’interpelle grandement car j’entends votre sentiment d’inquiétude et de découragement vis-à-vis votre rôle de mère. Au premier abord, le simple fait de vous questionner et d’écrire ce message afin d’être éclairée par l’équipe d’educatout fait de vous une bonne maman! Vous me parlez de votre fils de 4 ans et ses comportements difficiles. Il est important que vous sachiez que derrière tout comportement se cache une raison d’être. Lorsque nous sommes impliqués sur le plan émotif, il est parfois difficile de mettre le doigt sur cette raison.
Vous dites que vous avez tenté de mettre en place différentes stratégies pour contrer les mauvais comportements de votre fils. Étant donné que je ne connais pas ces stratégies, je vais tâcher de vous éclairer à l’aide de différents questionnements. Souvent, et sans en être conscients, nous mettons l’emphase sur les comportements négatifs en punissant l’enfant lorsqu’il adopte des conduites inadéquates; on le met en retrait ou on lui enlève un jouet ou un privilège. Contrairement à ce que nous sommes portés à croire, ce type d’intervention augmente le sentiment de colère et de culpabilité ainsi que le sentiment de vengeance. De plus, les effets escomptés ne sont que de courte durée et l’enfant cherchera à recommencer. On se retrouve donc souvent dans une roue négative. Plus on le punit, plus il commet des actions qui nous déplaisent.
Comme tous les enfants, votre enfant a besoin d’un encadrement connu, constant et cohérent. Est-ce que votre garçon connait vos attentes? Les règles et les conséquences sont-elles connues? Qu’est-ce qui arrive lorsque votre garçon mord ou frappe son petit frère? Souvent, les enfants cherchent les limites des adultes parce qu’ils ne les connaissent pas ou parce qu’il y a un manque de constance dans l’application de celles-ci. Pour vous aider, prenez un temps de réflexion et établissez trois listes qui soulèvent trois types de comportements et différentes façon d’intervenir. Par exemple, énumérez les comportements pour lesquels vous devez intervenir (paroles et gestes agressifs) et comment vous interviendrez. Ensuite, énumérez les comportements à valoriser (l’enfant rend service, partage, écoute à la 1re demande, etc.) et comment vous le ferez. Finalement, quels seront les comportements à ignorer (lamentations, pleurs, crises du « bacon », etc.)
Par ailleurs, il y a différentes façons d’intervenir en présence de comportements inacceptables. Les enfants en bas âge sont à l’étape d’apprendre des comportements socialement acceptables. Je suggère donc aux parents d’utiliser des interventions qui enseigneront les comportements qu’ils aimeraient que leur enfant adopte. Par exemple, si votre enfant pousse son petit frère pour prendre un jouet, demandez-lui de redonner le jouet à son petit frère et demandez-lui comment il pourrait s’y prendre autrement. Proposez-lui des alternatives de comportement. De plus, expliquez à l’enfant que dorénavant, à toutes les fois qu’il adoptera un comportement irrespectueux, vous lui demanderez de s’excuser, de faire un bon geste pour la victime et de vous montrer de quelle façon il aurait pu s’y prendre. D’ailleurs, nous enseignons différentes notions aux enfants telles que : la propreté, se préparer une tartine, s’habiller seul et chanter des comptines, mais on oublie parfois de leur apprendre et de leur faire pratiquer des comportements prosociaux (demander, prêter, attendre son tour, utiliser des mots pour s’exprimer, etc.)
Finalement, accordez fréquemment du temps de qualité à votre garçon, c’est-à-dire plusieurs petites périodes par jour. Il y a possiblement une recherche d’attention qui se cache derrière ces comportements perturbateurs. Plus souvent qu’autrement, un enfant qui n’obtient pas l’attention positive dont il a besoin tentera par tous les moyens, et de façon négative, d’attirer votre attention. Je vous dirais que c’est souvent le résultat de l’utilisation des punitions à répétition. Alors, en ignorant les comportements qu’il est possible d’ignorer et en valorisant au maximum tous les comportements positifs aussi minimes soient-ils, vous risquez de voir les comportements difficiles de votre fils diminuer.
Pour vous aider encore plus dans vos interventions, je vous suggère deux articles que j’ai écrits ultérieurement, un au sujet de l’ignorance intentionnelle et l’autre concernant les systèmes de renforcement.
En terminant, faites-vous confiance! Vivre une période difficile avec son enfant ne veut pas dire pour autant que l’on est une mauvaise maman! J’espère que ces quelques lignes apporteront un peu d’harmonie dans votre interaction avec votre garçon.
Au plaisir!
Anne-Marie Audet, pséd.