Fillette qui confronte continuellement
Bonjour Madame,
J'ai 2 enfants, une fille de 9 ans et un garçon de 2 ans. Mon conjoint est souvent absent le soir. Par contre, lorsqu'il est là, il s'occupe bien de ses enfants.
Le problème est que ma fille n'écoute rien de ce qu'on lui demande, elle nous confronte, nous répond. Pourtant, nous ne lui avons jamais rien demandé d'exceptionnel, surtout pas d'être parfaite.
Par contre, nous la poussons beaucoup, dans le sens que lorsqu'elle fait quelque chose nous voulons qu'elle y mette des efforts, qu'elle le fasse à la mesure de son talent et de ses capacités et surtout, qu'elle se donne le droit de faire des erreurs. Nous lui avons souvent répété que la plus grande erreur, est souvent de ne rien faire ou de ne pas tenter de faire des efforts pour réussir.
Son manque d'implication est souvent l'objet de discussions avec elle, pourtant, elle nous dit qu'elle aime ce qu'elle fait et veut continuer.
Si je lui demande de monter se coucher, elle refuse. Je dois lui répéter plusieurs fois et nous devons finalement la monter en haut alors que tout le monde est fâché. Si je lui dis « noir », elle dit « blanc ». Nous avons essayé de la punir, de lui refuser de jouer avec ses amis pendant quelque temps, mais nous avons dû augmenter le délai des punitions car elle nous dit que c'est amusant de rester avec sa famille des fois.
Elle va même jusqu'à désobéir et aller les voir en cachette, en trouvant toujours une excuse pour y être allée. La moindre petite demande de notre part se termine en cris, car elle ne respecte pas notre autorité. Je ne sais plus quoi faire pour qu'elle nous respecte en tant que parents, d'autant plus que son frère de 2 ans en est maintenant rendu à l'imiter. Si je lui demande quelque chose, de ne pas s'éloigner de moi dans un lieu public par exemple, il me regarde en souriant et en faisant des byebyes. Finalement, il se sauve en courant. Il nous frappe, nous confronte et n'écoute pas ce qu'on lui demande. Il crie et hurle lorsqu'il n'est pas content.
Les exemples que je vous donne vous semblent peut-être anodins. Je serais d'accord avec vous s'ils survenaient de façon sporadique, mais comme c'est continu et que ce sont toutes nos demandes qui deviennent des affrontements, je ne sais plus quoi faire. Nous avons tout essayé : la douceur, la fermeté, le renforcement positif, les récompenses, les activités privilèges, etc.
Comment devrions-nous nous y prendre avec une préadolescente et un garçon de 2 ans, tous les deux dans leur période d'affirmation de soi respective?
Merci de nous donner un coup de pouce!
Bonjour à vous, chers parents,
Vos préoccupations sont bien fondées et elles méritent d'être prises au sérieux. En vous lisant, je constate que vous avez essayé plusieurs stratégies. Cependant, chacune de vos stratégies a-t-elle été mise en place sur une période relativement longue pour pouvoir constater de bons résultats?
Parfois, certains parents sont sur le bord du découragement et ils veulent obtenir des résultats rapidement. Pour cette raison, au bout de quelques jours, ils sont portés à lâcher prise sur le moyen mis en place pour en essayer un nouveau. Nous devons persister entre trois semaines et un mois avant de déterminer les effets réels d'un nouveau moyen. Il y a la persistance, mais il y a aussi la constance dans la mise en place de nouvelles stratégies.
Par exemple, si vous décidez que votre fille doit monter se coucher à la première demande, vous pouvez calculer le temps qu'elle perd si elle ne respecte pas la consigne. Elle devra le reprendre le lendemain soir. Cette règle doit lui être expliquée et surtout, elle doit être appliquée. Si votre fille a perdu 20 minutes, elle doit reprendre ce 20 minutes le lendemain soir en se couchant plus tôt. Il est presque certain que votre fille vous testera, à savoir si vous allez maintenir votre décision.
C'est la même chose pour votre garçon. Si vous lui demandez de tenir votre main, il doit la tenir. Vous pouvez lui dire : « Tu me tiens la main ou nous retournons dans la voiture. » De cette façon, votre garçon détient le pouvoir de son action. De plus, il sera important pour vous d'appliquer ces nouvelles règles sans commenter et sans émotion.
Ce type d'intervention mise sur la responsabilisation plutôt que sur la punition. En utilisant de tels moyens, vous rendez vos enfants responsables de leurs choix. Ces interventions qui visent la responsabilisation sont beaucoup plus puissantes et bénéfiques à long terme que la punition.
Dans un autre ordre d'idées, ce qui retient également mon attention c'est le commentaire de votre fille qui vous dit aimer passer du temps en famille quand vous la privez d'aller visiter ses amis. Votre fille est-elle en recherche d'attention? Est-ce que sa façon de s'y prendre est tout simplement malhabile?
Souvent, je propose aux parents de renverser la roue, c'est-à-dire qu'au lieu de chercher le moyen d'intervention qui va le plus la déranger, maximiser le temps de qualité avec votre fille et la surprendre lorsqu'elle agit convenablement. Il n'est pas toujours facile d'appliquer cette règle, mais au bout du compte c'est payant. Chaque jour, établissez un moment où vous serez entièrement disponible pour votre fille, demandez-lui ce qu'elle aimerait faire avec vous.
De plus, soulevez ses bons comportements et ignorez ceux qui peuvent être ignorés le plus possible. Par exemple, ignorez ses tentatives d'opposition et dites-vous qu'elle ne fait que chercher votre attention. Par contre, si votre fille manque de respect dans ses paroles, vous devez exiger des excuses et une forme de réparation (faire un geste qui vous fera plaisir, vous dire des qualités, faire une tâche, etc.)
Pour en connaitre davantage à ce sujet, je vous invite à consulter les ouvrages de M. Germain Duclos et de Mme Brigitte Racine (La discipline, un jeu d'enfant) édités par CHU Sainte-Justine.
Alors, il est nécessaire de bien établir vos règles avec votre fille et votre fiston. Vos règles doivent être connues, constantes et claires. De plus, elles doivent être rattachées à des conséquences autant positives que négatives. Vous le dites si bien, vos deux enfants sont dans une phase d'affirmation de soi, laissez-les donc faire des choix à la mesure de leurs capacités. Continuez votre beau travail, soit celui d'être une mère aimante, « encadrante » et constante!
Anne-Marie Audet
Psychoéducatrice